se comprendre pour comprendre les autres

19-10-19

La notion de pulsion chez Lacan .

La lecture lacanienne de la pulsion se prolonge par rapport à la théorie freudienne sur les modalités d'établissement de la géographie du corps érogène , en même temps qu'elle démontre la dimension d'altérité qui est ,  à chaque fois , au fondement de l'érogénéisation .

Le montage de la pulsion est rendu dans la représentation topologique d'un circuit allant , depuis un orifice corporel qui constitue sa source , tourner autour d'un objet prélevé sur autrui ou dans son environnement , pour revenir sur cette même région corporelle , constituée en zone érogène par ce mouvement même .

La poussée de la pulsion est la puissance de répétition , de parcours régulier , qu'impose à son circuit l'instauration de son trajet .

Quant au but , il est la fermeture de la boucle du circuit pulsionnel revenu à sa source . Il est à noter que le but de la pulsion implique qu'il soit , en tant que satisfaction de nature sublimatoire , démarqué de la satisfaction du besoin , dont l'objet ne saurait lui convenir .

On voit que la pulsion s'inscrit dans le champs d'autrui et se déploie dans l'intersubjectivité où elle trouve son principe .


03-09-19

Pourquoi tout être humain est Narcisse?

Le stade du miroir ou plus exactement stade du reflet est une conception d'une expérience primordiale dans la constitution de l'humain, puisque va se jouer la genèse du Moi.

C'est en s'identifiant à l'image du semblable ou à sa propre image spéculaire, que l'enfant parvient à se percevoir dans une forme totale de lui-même, qui auparavant lui faisait défaut .

Si cela rend possible pour lui l'anticipation de son unité corporelle à un moment où il en est encore dépourvu, elle consacre en même temps  le caractère imaginaire du Moi .

Ainsi, le Moi de l'homme va apparaître comme une instance aliénante, comme une cause de méconnaissance permanente qui donne leur fondement à des relations de nature imaginaire, empreintes d'agressivité, source le plus souvent de faux jugements sur ses semblables, et aussi et surtout de fausses idées sur lui-même .N'avions-nous pas dit dans ce blog, à propos de la projection que l'individu ne reprenait les termes du message de l'autre qu'à condition que ce soit les siens propres ?

La névrose montre aussi qu'entre chaque individu n'existe qu'une communication piégée . Certains religieux comme Thomas d'Aquin allaient jusqu'à prétendre comment résoudre le problème de l'Amour si l'être humain ne s'aime pas lui-même en son for intérieur ? .

Narcisse pleure de ne pouvoir s'aimer que dans la douleur de ne pouvoir s'étreindre, perpétuée dans sa division spéculaire .

10-08-19

Mécanisme de défense .

L'expression de mécanisme de défense est utilisée en psychanalyse pour désigner différentes opérations psychiques visant à préserver l'intégrité , l'unité et l'équilibre du Moi .

C'est suite aux manifestations pulsionnelles que se met en jeu tout ce mécanisme défensif .

Se déploie donc au niveau du Moi toute une gamme de parades protectrices et stratégiques vis-à- vis du mouvement de méconnaissance du désir inconscient .

Et ces manifestations signifiantes ( qu'on peut qualifier aussi de désirantes ou "manquantes" , pour ce dernier terme à prendre dans son sens propre de manque ) sont inconscientes . Il est frappant de noter que le plus souvent ce mouvement du désir inquiète l'être humain , jusqu'à désespérer de le faire disparaître et de l'exclure en vain , voire même de vouloir le revoir ressurgir par ambiguïté ( ce qui est le propre du fonctionnement psychique de lier sans cesse le plaisir à son contraire) .

Jacques Lacan disait que l'être humain était parasité par ces pensées envahissantes que le désir produisait . ( puisque le désir est le lieu-même du manque ) .

Nous ajouterons que l'être humain doit relever sans cesse des défis vis-à-vis de ses pensées issues de l'Autre , ou grand autre, d'où s'originent les signifiants .

 

 

22-07-19

Le grand autre ou Autre .

Une fois nés nous allons nous constituer pour l'avenir dans un bain subjectif de type affectif déterminant .

Nous en connaissons la genèse ( voir refoulement originaire ) via un stade du miroir qui fait que l'infans se voit s'articuler et se mouvoir devant une glace , d'où il va jubiler le plus souvent face au regard signifiant ( ou désirant et manquant ) de sa mère , et par là-même commencer à appréhender le morcellement de son corps, qui va être à la source de la naissance de son attirance pour ses organes et la future création de ses pulsions partielles , elles-mêmes façonnées par les stades de son devenir .

C'est le prélude à toutes les opérations de construction de la personnalité à travers les notions de narcissisme, d'identification, d'imaginaire, du Moi, d'investissements sexuels sur les parents et autres ... Qu'on a amplement traité dans ce blog .

C'est à partir de là que tout individu va rencontrer l'Autre dans son devenir . Et cette rencontre n'est pas sans difficultés . Car l'Autre est un creuset, mieux un fonds commun intersubjectif fait d'ambiguïté, et surtout constitué en chacun de nous d'un discours impossible à taire et constamment réprimé .

En théorie personne dans le domaine psychanalytique n'a pu l'appeler autrement qu'avec une majuscule . L'Autre va être la destination du discours de chacun et permettre surtout la constitution de tout être humain dans une chaîne parlée de signifiants ou de désirs .

16-06-19

La névrose .

La psychanalyse voit dans la névrose une affection d'origine psychique, dont les manifestations, les symptômes, ont un sens qui se révèle être une expression symbolique ( de langage ) d'un conflit inconscient qui va devoir se résoudre dans un compromis entre un désir et une défense .

C'est dans l'instauration du complexe d' Oedipe que la névrose va déployer l'éventail des variations possibles que la contingence de l'existence individuelle lui imprime .

Longtemps le caractère psychogène des névroses apparaissait comme une raison suffisante pour en faire une catégorie servant de zone d'attente, utile pour inclure des groupes de signes cliniques difficiles à intégrer dans des shémas pathogéniques hypothétiques .

La psychanalyse situe les névroses dans les avatars de la relation intersubjective fondamentale, car elles vont devenir des figures qui s'ouvrent sous forme de pièges possibles dans la situation du sujet, en tant qu'il est sujet de la communication .

Et c'est dans ces espaces intersubjectifs déterminants pour le devenir des êtres humains, que vont s'opérer ces sièges névrotiques narcissiques aboutissant le plus souvent à des dialogues de sourds, dont chacun n'a d'oreille pour le message d'autrui qu'à condition que ce soit le sien propre .

 


24-05-19

Mathèmes lacaniens

Les mathèmes, graphes et schèmes lacaniens, étaient destinés à cerner l'être humain.

Très vite ils ont montré leur inefficacité, du fait de l'incernabilité de l'être humain.

Poursuivant le dévoilement d'une vérité singulière, Freud invite le sujet à descendre à chaque fois les marches menant devant les portes fermées des sous-sols enfouis de la subjectivité, au désespoir des illusions du sujet.

Car chaque porte ouverte révèle le début d'un nouvel escalier, réveille le début soupçonneux d'un vertige incessant.

La psychanalyse constituerait-elle une figure culturelle fragile?

Au-delà de ses vicissitudes, elle s'emploie à rendre sensible l'insistance d'un autre discours, d'un discours sur l'Autre.

On pourrait penser qu'elle construit par ses élaborations un labyrinthe vide.

Son but audacieux est de réveiller dans le labyrinthe de la mémoire d'un Thésée endormi le souvenir d'un Minotaure mytique.

07-04-19

Le refoulement : une caractéristique fondamentale de l'être humain

Sans rentrer dans l'analyse théorique de la nature du refoulement , on peut simplement dire qu'il est inhérent à la constitution même du sujet de l'inconscient.

Jacques Lacan avait utilisé l'expression de moins un ( "moinz - un " ) pour le caractériser .

Pour traduire sa pensée il faudrait la faire correspondre à la métaphore de soustraction : l'être humain est une soustraction à sa naissance .

Soustraction de ses pulsions premières à l'égard de l'autorité parentale , que les psychanalystes classiques considèrent comme des pulsions anarchiques.

N'empêche que cette opération de refoulement va instituer le sujet de l'inconscient tout le long de son devenir.

Là où personne se rejoint dans le milieu psychanalytique , c'est quant à la nature même des conséquences de l'opération de refoulement dans le psychisme de l'être humain , qui se caractérise par ses réveils brusques du fait d'une inflation de pensées envahissantes , le plus souvent contraignantes , et qui ont la particularité de le contraindre , à défaut de le surprendre.

Si l'analyste doit faire suspendre dans le psychisme l'intention de signification consciente de son patient , que le refoulement a créé , il n'empêche qu'il est obligé de lui livrer le sens de cette situation.

Pourquoi à tel moment ,  cette pensée jaillit dans le conscient de l'être humain à laquelle ce dernier n'aurait jamais pensé auparavent ?

Si une psychanalyse ne s'oriente pas dans cette démarche , elle devient "une plaie" pour le patient , comme aimait à le dire Jacques Lacan.

 

04-03-19

Le sens psychanalytique lié à l'intersubjectivité.

Pour appréhender une psychanalyse au plan théorique, il faut se situer sur le point de convergence de deux axes majeurs de son domaine, que sont d'une part sa conception du sens et des conditions où il trouve son assise, et d'autre part la compréhension de la situation intersubjective comme déterminante de la subjectivité individuelle.

La psychanalyse rend possible la restitution au sujet des moments importants de son passé, non pas en les confirmant comme des évènements qu'il suppose avoir vécu, mais en les considérant comme des moments à chaque fois particuliers d'organisation du réel, régis non pas par la raison individuelle mais par la forme véritablement dialogique des conditions intersubjectives qui les ont déterminés.

Le sens quant à lui est intimement lié aussi à la place qui occupe autrui. Cela devient sensible sous la forme de la pontuation du discours de l'analysant tout au long de sa cure par le poids dont se charge son défilé sous l'incidence du transfert ( forme originale de relation entre l'analysant et l'analyste qui s'établit au sein de la cure analytique ) .

La visée ultime de l'analyse est donc bien l'explicitation du désir inconscient, non pas tant comme recouvert par la poussière du temps mais  pouvant émerger par sa signification nouvelle.

En fait l'être humain doit advenir et être ce qu'il doit être, même dans les plus grandes difficultés qui n'existent, que pour le faire grandir .

 

 

26-02-19

La dynamique de l'Autre .

Une fois constitué, suite à un processus long et complexe fait de recentrage narcissique à connotation sexuelle, l'être humain va se retrouver confronté à la dynamique de l'Autre, véritable réservoir de désirs, qui lui-même va devenir le désir de l'Autre .( Comme coupure entre signifiants, représentant d'autres signifiants et non l'individu en tant que tel, qui vit dans l'entre-deux, voire qui s'éclipse ) .

Ce qui faisait dire à Jacques Lacan après l'analyse de ses patients, que ressurgissait en eux le même questionnement, à savoir que me veut l'Autre ?

En fait l'Autre n'a la seule consistance du langage de l'ensemble des êtres avec lesquels on rentre en relation à travers nos relations intersubjectives .

D'où la difficulté que nous avons à comprendre que du langage il n'y a que le désir ou le signifiant à interpréter . Bref tout ce n'a trait qu'à la subjectivité agissante dans son manque, lui-même se construisant et se déconstruisant en même temps, et en permanence .

Mais ce désir reste déterminant pour l'être humain .

Nous verrons ultérieurement que ce langage désirant ou signifiant qui constitue l'Autre, est le fruit d'un développement issu de l'instinct dont il s'est détaché, pour aboutir au Verbe dont parlent les religions dans une quête inespérée .

C'est à partir de la deuxième topique freudienne de l'inconscient ou du ça que va se développer quelque chose d'insistant dans chacun de nos psychismes, notamment dans nos pensées envahissantes impossibles à taire ainsi que constamment réprimées .

 

20-01-19

Relations entre soi-même et les autres en psychanalyse : réussir dans la vie ou réussir sa vie .

L'altérité est déterminante en psychanalyse et nécessite une approche immédiate . Il faut le répéter le désir est fondamental pour tout être humain, notamment dans notre époque contemporaine du fait de l'invasion de l'image . Ce que l'on rencontre chez les curistes au cours d'une analyse c'est cette envie d'être à la fois connu et reconnu . Mais nous allons le voir la sortie réussie d'analyse va conduire à un tout autre résultat .

Le problème de l'altérité va se poser à tort chez tout un chacun comme le fait de se sortir de la solitude . C'est oublier que l'altérité irréductible de l'être humain va se situer sur les plans objectif et subjectif, car dans le premier cas elle va se matérialiser par le fait d'avoir une activité sociale et personnelle permanente, et dans le deuxiéme cas l'être humain va ressentir le besoin de se retrouver habituellement entouré de personnes . On voit bien que dans ces deux situations c'est bien pour l'individu le fait d'être en permanence occupé, par peur du vide et de l'ennui, voire par l'angoisse d'une routine permanente .

Mais l'impression de solitude est toujours présente malgré le fait d'être en permanence occupé . Si on analyse bien la situation c'est que rien ne décrète que le sens de nos vies consiste à déboucher vers un caractère intersubjectif humain . La fin d'analyse montre que c'est l'individu lui-même qui a orienté le plus souvent son analyse vers une recherche approfondie de connaissance et de compréhension de soi-même loin des canons du regard des autres, et qu'en fait la cure aboutit à une volonté de dépassement du désir élément constitutif du langage ou du symbolique . Quand on étudie les analyses de Reeves sur nos origines venant d'éléments constitutifs de météorites s'abattant sur notre planéte, voire même sur d'autres planètes, on comprend bien qu'il faille s'éloigner des théories des fondements de la psychanalyse s'intéressant aux prémisses de la motivation : par exemple pourquoi nous serions attirés  par l'amour de la nature ?

Sans analyse on discerne bien que nos façons de vivre ne sont victimes que de nos fantasmes et de nos mirages . Tout compte fait n'y aurait-il pas ici en l'occurrence les deux facettes de la personnalité humaine ? A savoir le corps et l'esprit, et que la soi-disante solitude devient une étape décisive de connaissance de son âme qui posséde un langage bien particulier .

Comme disait Jacques Lacan, tout individu est dominé par sa " langue" et devient donc un " parlêtre ", aboutissant nécessairement à une glose sur l"altérité, qui dans un certain sens semblerait le conduire à une loghorrée permanente, dans laquelle aucun de ses dits ne se rattache à des éléments de la chaîne signifiante .

Il faut se l'avouer à soi-même, ce n'est pas entouré qu'on avance dans la connaissance intérieure . Car à force de gloser on s'oublie et s'éloigne, tributaire de nos mirages internes .